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AI Act : quand faut-il déclarer qu'un contenu est fait par IA ?

Par Sébastien Kaczmarczuk Lecture 5 min
AI Act : le portrait qui imite le réel porte une étiquette, le dessin non.

L'essentiel, au

  • Mention obligatoire depuis le 2 août 2026 : deepfake (image, voix, vidéo qui imite le réel), texte d'information non relu par un humain, chatbot.
  • Pas de mention : illustration non trompeuse, texte relu et assumé, voix seulement retouchée.
  • Qui : tout usage professionnel, quelle que soit la taille. Pas rétroactif.

Image, vidéo, texte : qui doit être signalé, cas par cas

Seul ce qui peut passer pour authentique, ou informer le public sans responsable humain, exige une mention visible.

Mention visible exigée par l'AI Act selon le contenu généré par IA, en usage professionnel
Votre cas Ce que dit l'AI Act Mention visible ?
Voix clonée d'une personne réelle (pub, doublage, message) Deepfake audio Oui, allégée pour une œuvre
Voix off de synthèse pour une pub, sans imiter personne Contenu généré, non trompeur Non, marquage technique fait par l'outil
Auto-tune, nettoyage ou correction d'une voix réelle Fonction d'assistance Non
Image ou vidéo réaliste de personnes, lieux, événements réels Deepfake Oui
Illustration, logo, visuel abstrait généré Contenu généré, non trompeur Non, marquage technique fait par l'outil
Article d'information rédigé par IA, publié sans relecture Texte d'intérêt public généré Oui
Texte IA relu, corrigé et assumé par un responsable Contrôle éditorial humain Non
Chatbot ou assistant IA sur votre site Système qui dialogue avec le public Oui, dès le premier message

Un texte marketing ou une fiche produit ne sont pas des textes d'information d'intérêt public : pas de mention. Un article de blog relu et validé par vous non plus.

Pour aller plus loin : la polémique du doublage VF de Halo

En juillet 2026, les joueurs soupçonnent des voix générées par IA dans la VF de Halo: Campaign Evolved. Halo Studios dément : les voix viennent de comédiens francophones réels. David Krüger et Laetitia Lefebvre, voix historiques du Major et de Cortana, disent avoir été écartés. Ils avaient refusé une clause autorisant l'entraînement d'une IA vocale sur leurs enregistrements. Si une voix clonée avait été utilisée, ce serait un deepfake audio. Pour une œuvre, le texte allège la mention : elle doit être faite sans gêner l'œuvre.

L'AI Act et les contenus IA : ce que dit vraiment le texte

L'article 50 du règlement (UE) 2024/1689 partage le travail entre les outils et ceux qui publient.

  • Les fournisseurs (OpenAI, Midjourney, ElevenLabs...) intègrent un marquage technique : une signature invisible, lisible par machine, dans le fichier.
  • Les utilisateurs professionnels (le texte dit « déployeurs ») ajoutent une mention visible, seulement dans les cas du tableau.
  1. Code de bonnes pratiques et icônes « IA »Volontaire
  2. Lignes directrices de la Commission sur l'article 50Non contraignantes
  3. Article 50 applicable, contrôles ouvertsMentions visibles exigées
  4. Marquage technique exigé des outils déjà sur le marchéEt interdiction des outils de « nudification »
  5. Obligations des IA à haut risque (annexe III)Reportées par le règlement 2026/1744

Les lignes directrices ne lient pas le juge, mais les autorités s'en servent pour contrôler. Depuis le 2 août, le Bureau européen de l'IA et les autorités nationales appliquent le règlement. Des canaux de plainte sont ouverts au public.

Le règlement n'est pas rétroactif : un contenu publié avant le 2 août 2026 n'a pas à être étiqueté. Republier ou modifier fortement un ancien contenu compte en revanche comme une nouvelle publication.

Qui doit déclarer ? Entreprises, créateurs, particuliers

En France comme dans toute l'Union, cette réglementation IA vise tout usage professionnel, quelle que soit la taille.

  • Entreprise, indépendant, association : concernés. Un artisan seul l'est autant qu'un grand groupe, comme pour les obligations légales qui s'appliquent déjà à votre site.
  • Créateur de contenu monétisé : concerné, c'est une activité professionnelle.
  • Particulier, usage strictement personnel : hors champ. TikTok, Instagram ou YouTube imposent souvent leurs propres étiquettes, plus larges que la loi.

Le critère n'est pas « payant ou gratuit » mais professionnel ou personnel. Un blog d'entreprise gratuit est dans le champ.

Les zones grises : ce que la loi ne précise pas encore

Aucun seuil chiffré ni aucune décision de justice ne fixent encore la frontière entre retouche et modification.

  • Fond ou décor ajouté derrière un sujet réel (ciel remplacé sur une photo de chantier) : mention si le résultat semble authentique.
  • Contenu clairement fantastique (dragon, scène impossible) : pas un deepfake, selon les lignes directrices.
  • Texte « relu » : il faut un vrai contrôle éditorial et un responsable identifiable. Un correcteur orthographique ne suffit pas.

Comment signaler un contenu IA, et que risque-t-on à ne pas le faire

Une information claire suffit, donnée au plus tard à la première exposition au contenu, là où il est vu.

  • Une mention texte près du contenu : « image générée par IA », « voix de synthèse »
  • Les icônes de l'UE (« IA », « généré par l'IA », « modifié par l'IA »), facultatives
  • Pour une œuvre : une mention discrète qui ne gêne pas sa diffusion
  • Pour un chatbot : un accueil explicite « vous échangez avec un assistant IA »

Une mention cachée en bas de page ou dans les CGU ne compte pas. Le marquage technique est déjà posé par les outils sérieux : ne le retirez pas.

Un chatbot de service client ne peut pas se faire passer pour un conseiller humain : ni prénom ni photo trompeurs. L'exception « nature IA évidente » est lue strictement : elle couvre un personnage de jeu vidéo, pas un bot de support.

  • 15 M€ ou 3 %du chiffre d'affaires mondial : amende maximale pour manque de transparence
  • 35 M€ ou 7 %plafond pour les pratiques interdites, comme la « nudification »

Pour une PME, c'est le plus bas des deux montants qui sert de plafond. Comme pour ce que la CNIL impose déjà sur le tracking des emails, ignorer le sujet n'est plus possible.

En bref

  • La bonne question : mon contenu peut-il passer pour du vrai ?
  • Deepfakes, textes d'information non relus et chatbots doivent être signalés.
  • Illustrations, textes relus et voix retouchées n'exigent aucune mention.
  • Seul l'usage professionnel est visé, quelle que soit la taille.
  • Dans le doute, une ligne « généré par IA » suffit.
Vous vous demandez ?

Questions fréquentes.

Non. La loi impose une mention claire. Les icônes « IA », « généré par l'IA » et « modifié par l'IA », publiées par la Commission le 10 juin 2026, relèvent d'un code de bonnes pratiques volontaire. Elles sont un moyen simple de se conformer, pas une obligation.
Non, le règlement n'est pas rétroactif : un contenu publié avant cette date n'a pas à être étiqueté après coup. Mais republier ou modifier fortement un ancien contenu compte comme une nouvelle publication, soumise aux règles.
Non. Le visiteur doit savoir qu'il parle à une IA dès le premier message. Les lignes directrices du 20 juillet 2026 excluent le prénom ou la photo trompeurs, et une mention dans les CGU ne suffit pas.